Allez on part ! En Croatie

Epidode 3 - Croatie - Allez on part, une île peut en cacher une autre ! 

Et si on embarquait sur l’Ave Maria à Dubrovnik au sud de la sublime côte dalmate pour naviguer jusqu’à Split, plus au nord. Entre les deux villes estampillées Unesco, il faut se faufiler entre une bonne poignée d’îles délicieuses, éparpillées façon puzzle dans l’Adriatique. À première vue, la croisière de 4 jours devrait bien se passer. Cet après-midi-là à Dubrovnik, il ne fait que 26 °C, signe que le mois d’octobre approche. Le fond de l’air est tiède. L’Ave Maria, un navire de croisière à taille humaine nous attend. Ronronnement du moteur, quelques cris en provenance du quai puis le navire doucement s’ébranle. Vite, se lever et monter sur le pont pour saluer une dernière fois Dubrovnik éclatante de blancheur sous les premières caresses du soleil.

Jour 1 Bienvenue chez Calypso sur l’île de Mljet

Ayons une pensée pour Ulysse qui aurait échoué sur l’île de Mljet à l’issue d’une croisière mouvementée et dénuée de tout confort, une croisière hors catalogue et fortement déconseillée aux poules mouillées. Son bateau ayant été détruit, son équipage ayant péri, le héros s’agrippe à quelques poutres et commence à ramer. Écoutons-le : « Dès lors, neuf jours durant, je dérivai ; à la dixième nuit, les dieux me firent aborder à l’île où loge Calypso, déesse aux beaux cheveux, la redoutable à voix humaine. » L’île en question, Homère la nomme Ogygie, sauf qu’à Mljet, certains ne sont pas dupes. Ulysse n’a pu qu’échouer sur leur île laquelle correspond par bien des traits aux descriptions flatteuses faites dans L’Odyssée. Dans ce lieu enchanteur, Ulysse qui n’est pas de bois succombe vite aux charmes de Calypso. Les années passent, la passion se tarit, du moins celle d’Ulysse qui voudrait quand même bien rentrer chez lui et finit par obtenir après sept années un bon de sortie de la part de sa divine et si possessive amante. Une question se pose : comment diable a-t-il pu quitter Mljet pour toujours ? Comment a-t-il pu se résigner à ne plus jamais contempler les deux lacs, Malo jezero et Veliko jezero, ces deux saphirs enchâssés dans un molleton de verdure ? Pour être précis, il ne s’agit pas de lacs, mais de plans d’eau alimentés discrètement par la mer ce qui n’enlève rien à leur incomparable beauté. Sur un îlot en suspens sur le Veliko jezero (qui veut dire Grand lac), des moines bénédictins au XIIe siècle ont construit un monastère. L’excellente idée ! Pour un peu, on enfilerait la robe de bure afin de profiter du lieu en compagnie de cénobites à l’impeccable tonsure, mais hélas, ils ont déserté. Mavro Vetranović, qui au XVIe siècle fut l’abbé du monastère l’a décrit ainsi : « Là, où le charme de la nature a tout créé mieux que l’homme ». Et que Dieu, eut-il fallu rajouter.

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